Mercredi 1 février 2012
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Je suis trop dég’ : j’ai beau y avoir mis plein d’amour, je sens que mon « pain maison » de cette nuit va encore être pathétique.
Je fais tout bien hein, pourtant. Je mesure même les trucs : la farine, la levure, l’eau, tout ça. Je pétris voluptueusement, je règle bien le four, thermostat,
préchauffage, temps de cuisson. Je ne comprends pas. Je ne sais pas ce qu’il se passe après, dans la chimie intime des choses. Mon pain ressemble au mieux à un gloubi-boulga.
Par Nicole Garreau
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Vendredi 27 janvier 2012
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L'herbe y pousse, les oiseaux y chantent
et dans ses allées déambulent des gens
aux regards embués d'immarcescible amour...
(Je ne suis pas l'auteuse du dessin. Il est signé Thomas Humeau et je lui ai chipé ici ; puisse-t-il me pardonner.)
Par Nicole Garreau
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Vendredi 27 janvier 2012
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12:17
Elle-Une sait oui – elle sait aussi qu’elle est présomptueuse de se dire qu’elle sait. Mais Elle-Une connait la fin depuis le début. Arrivera ce jour où Elle-Deux
lui dira qu’elle part – pas qu’elle la laisse, non : qu’elle part. On ne peut pas quitter quelqu’une que l’on n’a pas rejointe, on peut juste s’en éloigner, la laisser seule avec les rêves
qu’elle n’a pas voulu trop rêver.
Un jour elle saura qu’elle entend sa voix pour la dernière fois, et que ce jour sera insupportable
L’Histoire bégaye. Elle-Une sait déjà la douleur au moment où la Terre se dérobera une nouvelle fois sous ses pieds.
Par Nicole Garreau
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Dimanche 15 janvier 2012
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18:57
Oui, c’est celui-ci – ou peut-être non, d’ailleurs, je crois que je l’avais perdu, peu de temps après cette période ; je crois que je l’avais perdu et que j’en avais racheté un
exemplaire, tu vois, comme si je savais, comme si je sentais qu’il aurait une histoire ou que j’en aurais une avec lui. Tu comprends ? C’était… c’était ce temps-là, aussi, un autre temps,
nous étions là, couchées dans la paille, dans ce squat du bout du monde. Nous rentrions par la palissade, tu te souviens ? La planche qui se refermait sur notre passage, l’alcôve au milieu
des herbes folles, le plancher qui craquait. Et puis nous avions ce livre, le seul, que nous lisions et relisions à la lueur d’une bougie, enveloppées dans nos sacs de couchage, main dans la
main, avides, militantes et interloquées. Comment avons-nous réussi à ne jamais mettre le feu ?
Je suis l'an dernier repassée sur les lieux, disons que je les ai survolés. Le squat a disparu, tu penses. Rasé. Envolé. Que savent les gens du nouvel immeuble de ce qui s’est passé à cet
endroit, presque trente ans avant ? Que savent-ils des pruniers, des grillons, de la paille, de nos rêves ?
Le livre me suit, depuis, tu vois. Partout. C'est le seul que du plus profond de mes déchéances je n'ai jamais bazardé. Je ne l’ai jamais relu, je sais juste qu’il est là, abimé lui
aussi. On vieillit ensemble. Je ne sais plus si c’est le même et pourtant toutes les odeurs y sont. Les tiennes. Les miennes. Celles de nos vies.
N.D.L.A. Pas d’ambiguïté : le titre de ce petit billet n'est bien évidemment qu'un malhabile clin d’œil au nom du « héros » du livre, hein…
Par Nicole Garreau
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Mardi 13 décembre 2011
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19:11
Lui écrire un mot, lui écrire un mot… Elle en a de bonnes, elle, « lui écrire un mot »… Mais c'est que je ne sais pas faire ça, moi, d’abord, lui écrire
un mot. Et puis lui dire quoi, hein, lui dire quoi ? Lui dire qu’elle m’énerve à dire des bêtises lorsqu’elle est là, mais qu’elle m’énerve encore plus à ne pas en dire lorsqu’elle n’est pas
là ? Lui dire que je l’attends, lui dire que je la guette, lui dire que lorsque son menton tremble je voudrais qu’elle me prenne la main, je voudrais saisir la sienne ? Lui dire que je
suis jalouse, forcément jalouse, de cette Pascale qui va me la voler, une heure, deux, la soirée entière peut-être ?
Non mais vraiment, j’ vous jure, lui écrire un mot…
A celle qui se reconnaîtra...
Par Nicole Garreau
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