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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 15:47

 

Ça a commencé comme ça, tout bêtement, avec un bouquin de Jacques Géraud. Valjean a sauté à la gorge d’Hugo, les Grimm se sont fait casser la figure par Blanche-Neige, Sorel a collé un œil au beurre noir à Stendhal – on est surpris qu’il ne lui ait pas mis l’autre au beurre rouge.

 

C’est ce jour-là que Nadine a pris peur, peur pour elle-même. Bien sûr, dans ses instantanés à elle, elle se gardait bien de glisser des personnages, de les fouiller, de les nommer, de leur faire vivre une vie au-delà du texte. Mais si demain la rébellion s’étendait aux mots ? Si demain c’était eux qui se vengeaient, si les substantifs montaient la tête aux adverbes, les adjectifs aux déterminants ? Si ils refusaient de s’accorder, de s’enchainer, qu’ils réclamaient la paix en lui faisant la guerre à elle, leur mère, lui renvoyant ses tournures de phrases, ses demi-mots, ses mots comptent double ?

 

« Attaque de participes en vue, sus à l’auteuse ! » L’auteuse frémit ; elle avait cru s’emparer du texte et voilà que le texte s’empare d’elle. Elle sait rapidement qu’elle ne résistera pas, va être débordée, submergée, perdre tout contrôle. Elle sait que par représailles un jour il la tuera.

 

Elle ferme les yeux en espérant s’habituer au noir.

 

Rien n’est moins sûr.

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Publié par Nicole Garreau
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Kashima 05/02/2011 10:14


Jugulons la révolte! Tenons les mots d'une main de fer : vive la dictature! :)


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