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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 18:01

 

À Mireille


C’était cette année-là, tu te souviens ? C’était l’année de Tchernobyl. Oh, bien sûr, toi et moi ce n’était pas le Grand Amour – juste des circonstances. Tu aurais préféré un garçon, j’aurais préféré la Révolution ; mais nous étions là, deux paumées dans cette mansarde d’un patelin de nulle part, douche froide, toilettes sur le palier. Nous avions fini par nous aimer, un peu. Comme si nous n’avions pas eu le choix.

 

L’hiver 1985-1986 avait été froid, tu te souviens ? Virées du foyer des travailleuses (« Pas de ça chez nous ! »). Au fond des bois, la 4L dans la neige, nous deux blotties dedans, ça avait duré combien de temps ? Alors après on en avait été contentes, de la mansarde. On avait passé les deux premiers jours emmitouflées-serrées près de l’unique radiateur.

 

Puis le printemps est arrivé, aussi chaud que l’hiver avait été froid. Miracle du nucléaire. On allait dans les champs, tu te souviens ? On s'y dessinait nues, mutuellement – tu t’étais moquée de moi parce que je t’avais une fois crayonnée sans tête, j’avais mal pris les repères, je m’étais plantée dans les proportions, la feuille était trop petite, nous avions trop usé des éthers. Les paysans hurlaient, nous leur parlions du Grand Soir. Enfin JE leur parlais du Grand Soir, toi il ne t’intéressait guère et ton regard était déjà si loin…

 

Nous nous étions quittées l’été venu sans grande acrimonie ni grands regrets, tu te souviens ? Nous ne nous aimions que « bien » et avions chacune d’autres choses à vivre ; c’était une évidence pour toutes deux que nous ne les vivrions pas ensemble. Je n’ai plus entendu parler de toi pendant onze ans.

 

En 1997 tu as fait les gros titres des journaux. Tu ne t’en souviens pas et ne t’en souviendras jamais. Tu lui avais ouvert ta vie à ce salaud, et lui il a serré de toutes ses forces, je crois ; ses mains s'étaient posées sur ton cou et tes rêves se sont finis.

 


 

POST-SCRIPTUM : Je te dis tout ça parce que j’ai retrouvé plein de dessins dans un carton. En fouillant je me suis mise à espérer vainement que quelques uns des nôtres y seraient. C’est étrange, ils sont dans ma mémoire aussi nets que s’ils étaient d’hier.

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commentaires

Vero Bene 02/06/2013 14:16


on pourrait en faire une chanson  de cette histoire, les notes sont déjà là, le saviez-vous en l'écrivant? sans doute…

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