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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 22:35

 

Elle y repense à chaque fois, tu sais. Elle y repense chaque mois de juin lorsqu'elle monte à pieds la vicinale qui longe l'Arguignon, pour aller chiper des cerises sur le coteau. Elle y repense chaque mois de juin quand l'air acquiert cette si singulière épaisseur. Elle vous revoit là-bas, à une autre époque, dans une autre vie, marchant sur cette interminable route qui serpentait de Venasque à Murs, les épaules sciées par de trop lourds havresacs. Vous alliez bouffer le monde. Et ce con de monde ne le savait pas.

Elle revoit le village, la vieille épicière — avait-elle seulement l'âge que vous avez maintenant ? — chez qui vous alliez déconsigner le jour les bouteilles vides que vous lui aviez volées la nuit. Et l'adipeux-baveux qui vous avait engagées à l'arrache pour la cueillette des burlats, en se disant que vous étiez certes un peu chelous mais qu'avec vos têtes à la Mona Bergeron il parviendrait bien à vous sauter quand même. Enfin surtout toi. Elle elle était trop pas assez. Trop grande, trop mal fichue, trop garçon manqué. Pas assez tableau de chasse.

Elle revoit la canadienne plantée en contrebas du verger, le shit, le Néo-Codion®, le Gris de Boulaouane. Les journées entières passées dans les arbres. Mais pas comme la Duras, non. Comme deux paumées raides défoncées, coincées dans des rêves trop grands pour elles. Deux francs de salaire le cageot de quatorze kilos. Vous n'aviez pas gagné un rond. Le paysan ne vous avait pas sautées et vous avait virées. Le monde ne s'est pas fait bouffer.

Elle y repense à chaque cerise, tu sais. Depuis trente-cinq ans.


 

 

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Billet initialement publié ici.

18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 00:22

 

Tu ne vas pas me croire, ma belle... J'ai retrouvé l'endroit... Tu vois, je ne me souvenais même plus du nom et puis tout est revenu d'un coup... J'ai fait comme je fais parfois, toutes ces nuits où je ne dors pas : j'ai pris ces outils modernes, là, qui photographient la planète de partout, et puis j'ai suivi les routes, les voies ferrées, les cours d'eau. J'ai franchi virtuellement les cols et traversé les forêts, j'ai utilisé Google Map® comme nous utilisions nos Doc Martens®. Et je suis arrivée . « H.L.M. Sainte-Marguerite ». Tu te souviens ?

Moi oui, je me souviens. Avec une soudaine et terrible netteté. Le lieu ne semble pas avoir tellement changé, même si le temps a un peu mélangé les souvenirs et les voyages. Peut-être était-ce une des fois où j'avais traversé le pays en auto-stop juste pour te retrouver, ou celle où je revenais de Berlin en sautant de train en train au gré des contrôles, je ne saurais plus dire. Je me rappelle très bien, par contre, que c'était l'été et que je m'étais assise là, sous ce porche, face à la haie. Il me semble même reconnaître les couleurs. C'est bête, hein ? Et je t'avais attendue. C'était une époque où l'on faisait deux mille kilomètres pour aller voir quelqu'une sans même savoir si elle était là.

J'avais des cigarettes, des trucs pas très légaux, un sac de couchage, un futal destroyed, la tronche de Simone Bergeron(*) et un bouquin. « Océans », d'Yves Simon.

Le lendemain ou le surlendemain tu es arrivée. Tu n'as même pas fait semblant d'être surprise de me trouver là. Nous sommes montées chez toi. Nous avons bu du muscat.

J'étais amoureuse.

Pas toi.

Nous ne nous sommes même pas effleurées.

C'était le jour où j'ai eu dix-huit ans.

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(*) Celle du film de Varda.

31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 13:51

 

Assise sur l'autre rive du lac la femme les observait — de tellement loin en fait qu'elle voyait les gerbes d'eau bien avant que le bruit des plongeons ne lui parvienne. Combien les plongeuses étaient-elles ? Quatre ? Six ? Huit ? Elle n'aurait su le dire tellement les silhouettes étaient petites. Après avoir regagné la berge à la nage elles remontaient sur le parapet et ressautaient. De nouveaux petits geysers se formaient, puis quelques secondes après encore des « plouf », toujours des cris, dans un ballet qui semblait n'avoir ni début ni fin.


La vieille dame se souvient combien les étés étaient chauds, aussi, ces années-là, quand elle avait vingt, seize, dix-huit ans. Elle se souvient du corps des filles et même de celui de quelques garçons, elle se souvient des eaux du lac près de la Tuilerie, de celles du Tarn, de celles de la Drôme et de quelques autres encore. Elle se souvient comme elles allaient au combat, comme elles allaient faire la Révolution, comme leurs yeux brillaient, comme elles étaient invincibles, comme le temps n'avait pas de réalité. Comme l'eau jaillissait, aussi.


Et comme, peut-être, à l'époque, assise sur une autre rive, une vieille dame les regardait déjà, perdue dans ses souvenirs.

 

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Dazibao initialement publié ici : https://www.facebook.com/nicole.garreau/posts/10207968576920619

31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 13:24

 

Elle en parlait ailleurs sur les Entre-réseaux alors elle sent qu'il faut bien qu'elle s'y colle ici aussi sous peine de recevoir moult courriels de réclamation.


Donc voilà. Elle ne sait pas, non, ELLE VOUS JURE que des années après elle ne sait toujours pas d'où il venait, ce bouquin, ni pourquoi elle y a repensé la nuit dernière. Faut dire que ce livre a fait son passage durant cette drôle de période de la vie de votre dictateuse, aussi — cette longue décennie débutée à la fin des années 1980, ce siphon dans lequel elle se laissait aspirer, cette « quinzainie » pleine de trous et d'éthers, cette ivresse de l'immensité qui vous prend lorsque l'on n'a plus nulle part où aller et que l'on finit du coup, inexorablement, enfermée par autrui dans les plus petits réduits. Un lavabo. Un lit. Une chaise. Une table. Et une infirmière, trois fois par jour, qui vient vérifier que vous prenez bien votre lithium et que ne vous êtes pas ouvert les veines avec la cuillère en plastique.


Bien sûr, aujourd'hui dans la même situation la situation ne serait pas la même, si elle ose s'exprimer ainsi. Aujourd'hui elle est vieille, elle a appris le jeûne et la méditation, elle sait que tout est vain, elle le sait PROFONDÉMENT — c'est-à-dire que ce n'est plus seulement un savoir par coquetterie. Aujourd'hui elle a découvert et maîtrise à peu près le vide, le silence, l'immobilité. La respiration. Aujourd'hui elle est pompiste et la solitude est son amie. Mais pas à l'époque.


Alors elle l'avait pris pour une chance, ce bouquin vraisemblablement laissé par une ancienne locataire de la cellule, ce bouquin qui contre toute attente avait échappé aux fouilles et aux ménages, ce bouquin trouvé coincé on-ne-sait-pourquoi derrière le tuyau du lavabo. Certes elle se souvient qu'elle aurait préféré tomber sur une boulette de shit, des amphètes ou une bouteille de vodka — mais il n'y avait que ce livre, et si elle excepte les quelques grammes de tabac et le briquet qu'elle avait réussi à faire entrer en douce en les planquant dans les recoins secrets de son anatomie, c'était le seul objet mobile dans toute la pièce. Elle l'a lu et relu pendant des semaines. Jusqu'à parler à celui qui en était le narrateur, jusqu'à tutoyer l'auteur, jusqu'à se persuader que celui-ci lui répondait, jusqu'à penser qu'elle/il étaient ami(e)s.


Oui, cher lectorat : c'est là qu'aussi improbable que cela puisse paraître, Bohringer est devenu son pote Riri.


Évidemment quelques semaines plus tard la porte s'est rouverte, évidemment la vie en a profité pour entrer, évidemment cette autre internée aux yeux si gris, aux cheveux si longs et aux mains si fines l'attendait, évidemment elle lui a sauté dans les bras, évidemment elles ont échangé là leurs premiers baisers. Évidemment avant de partir elle a discrètement remis son pote Riri sous l'évier. Évidemment elle n'y a depuis pas tellement repensé. Sauf là, cette nuit.


Parce que quand même, à bien y réfléchir, ce type, c'est le seul qui ait accepté d'être enfermé avec elle.


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Dazibao initialement publié ici : 
https://www.facebook.com/nicole.garreau/posts/10207850795856166

11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 14:55

 

C'est là, elle en est sûre, la maison lui saute à la gueule. Certes elle se doutait qu'en se promenant par là, avec Google Maps, il y aurait des choses qui lui reviendraient, même tant de décennies plus tard. C'était plus ou moins le but. Mais elle n'y croyait plus, elle avait survolé la vallée du Rhône sans rien ressentir, bifurqué à Valence, pris la départementale vers Die, vers Gap. Elle avait musardé un peu, les images avaient été prises en été, un été comme jadis, jadis lorsqu'elle marchait le long des routes. Bien sûr les blés avaient la même couleur qu'alors, les pierres de la Drôme la même odeur et pour un peu elle aurait pu entendre les grillons, sentir le bitume chaud sous ses pieds, les alcools et l'orgeat couler dans sa gorge, les mains inconnues posées sur ses fesses. Comme jadis. Mais OBJECTIVEMENT elle ne reconnaissait pas grand chose. Les bâtiments, les rues, les routes, les automobiles, les gens qu'elle avait croisés, tout cela était mort, presque abstrait.

Et puis Crest. La traversée, la grande rue, tout ça. Et au bout cette maison, là, qui ne paye pas de mine, la maison jaune qui oblige la rue à faire un coude. Qui l'obligeait déjà, qui l'oblige toujours. Bien sûr ce n'était pas une banque, à l'époque, c'était un café, un modeste café. Et elle elle se revoit là, devant, sale, tendant le pouce, attendant qu'on l'emmène et déjà fatiguée de voyager, ivre d'amours et de mauvais éthers. 

Des années après en fermant les yeux la vieille dame pourrait presque ce soir-là percevoir la morsure du sac sur ses épaules.

Elle sait alors qu'elle n'avait pas rêvé.

10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 18:01

 

À Mireille


C’était cette année-là, tu te souviens ? C’était l’année de Tchernobyl. Oh, bien sûr, toi et moi ce n’était pas le Grand Amour – juste des circonstances. Tu aurais préféré un garçon, j’aurais préféré la Révolution ; mais nous étions là, deux paumées dans cette mansarde d’un patelin de nulle part, douche froide, toilettes sur le palier. Nous avions fini par nous aimer, un peu. Comme si nous n’avions pas eu le choix.

 

L’hiver 1985-1986 avait été froid, tu te souviens ? Virées du foyer des travailleuses (« Pas de ça chez nous ! »). Au fond des bois, la 4L dans la neige, nous deux blotties dedans, ça avait duré combien de temps ? Alors après on en avait été contentes, de la mansarde. On avait passé les deux premiers jours emmitouflées-serrées près de l’unique radiateur.

 

Puis le printemps est arrivé, aussi chaud que l’hiver avait été froid. Miracle du nucléaire. On allait dans les champs, tu te souviens ? On s'y dessinait nues, mutuellement – tu t’étais moquée de moi parce que je t’avais une fois crayonnée sans tête, j’avais mal pris les repères, je m’étais plantée dans les proportions, la feuille était trop petite, nous avions trop usé des éthers. Les paysans hurlaient, nous leur parlions du Grand Soir. Enfin JE leur parlais du Grand Soir, toi il ne t’intéressait guère et ton regard était déjà si loin…

 

Nous nous étions quittées l’été venu sans grande acrimonie ni grands regrets, tu te souviens ? Nous ne nous aimions que « bien » et avions chacune d’autres choses à vivre ; c’était une évidence pour toutes deux que nous ne les vivrions pas ensemble. Je n’ai plus entendu parler de toi pendant onze ans.

 

En 1997 tu as fait les gros titres des journaux. Tu ne t’en souviens pas et ne t’en souviendras jamais. Tu lui avais ouvert ta vie à ce salaud, et lui il a serré de toutes ses forces, je crois ; ses mains s'étaient posées sur ton cou et tes rêves se sont finis.

 


 

POST-SCRIPTUM : Je te dis tout ça parce que j’ai retrouvé plein de dessins dans un carton. En fouillant je me suis mise à espérer vainement que quelques uns des nôtres y seraient. C’est étrange, ils sont dans ma mémoire aussi nets que s’ils étaient d’hier.

8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 18:01

«

Je ris aux éclats parce qu’en relisant ton courriel avant de me décider à y répondre je me suis aperçu que je ne savais pas lire. Tu m’as écrit « Dans ce contexte, tu penses pouvoir mieux fonctionner en mode dialogue, plutôt qu’en « pondaison » pure ». Et j’avais lu « pendaison ». Je n’étais même pas surprise, je trouvais que ça collait bien. On a beau tout changer on ne se refait pas.

 

Oui, je ne sais pas comment aborder la chose ; l’idée — ton idée — de cette rédaction est bonne. J’ai curieusement une image assez nette de l’orientation que devraient prendre les choses et une notion assez floue de la manière de procéder pour y parvenir. Je le vois, ce « dialogue » ou plutôt non d’ailleurs, cette confrontation de monologues. Une écriture en échos plus qu’en réponses, des récits en parallèles dont on ignore si elles le sont réellement. Peut-être que tout ça se croise et se recroise, peut-être que non ; c’est peut-être un rêve, des rêves que nous avons fait de cette vie, chacun de notre côté, avec une lueur de loin en loin, un mirage dans lequel nous nous reconnaissons ou avons envie de nous reconnaître.

 

Suis-je si vieille ? Je ne le sais pas, je sais seulement que j’arrive au bout, au bout de quelque chose, au bout de moi-même et oui, j’ai ce besoin maintenant de raconter, comme si j’avais peur un matin de me rendre compte que j’ai vécu tout ça pour rien. Vécu et non vécu. Comme si j’avais peur de ne plus me croire moi-même à mesure que les choses s’éloignent. Comme si je ne pouvais plus garder moi pour moi, ne plus garder mes rires, mes pleurs, mes amours, mes révoltes, la tournure que j’ai été souvent si près de leur donner, la limite avec laquelle j’ai tant de fois flirté. Tout ce qui s’est éteint, mais aussi tout ce qui étrangement continue à bouillir avec la conscience désormais de l’irréalité des choses, de l’irréalité peut-être des mensonges dont je me suis moi-même nourrie. De ma propre irréalité.

 

Il y a beaucoup de questions dans tes questions, et certainement beaucoup auxquelles je serais incapable d’apporter la moindre réponse. Mais j’aime l’approche, c’est quelque chose à quoi m’accrocher, c’est comme si tu me tendais une main. J’ai peur de ne pas savoir l’attraper, je vais essayer, je vais essayer de t’en tendre une en retour — essayer parce que je suis un peu cabossée et ignore si je peux faire partager mes névroses autant que j’ignore si je suis apte à accueillir celles d’autrui. Mais tu es un gentleman, il y en a peu, très peu, et je me demande d'autre part si on ne se connait pas mieux que nous pourrions être tentés de le croire.

 

Je ne vais bien sûr pas te répondre en un seul courriel. Ce serait gâché, et puis il faut que je fasse le tri, moi-même, dans ma petite tête. Néanmoins tu me demandes ce qu’à quarante-six ans je serais devenue dans un monde « idéal », et je pense que tu en sais assez de moi pour avoir déjà imaginé ma réponse. Dans un monde idéal je ne serais RIEN devenue, dans un monde idéal je n’aurais pas été là.

 

Mais j’y suis, et malgré la « non-linéarité du temps » cela dure. Je dis souvent que ça fait quarante-six ans que je suis persuadée mourir à vingt ; tout le monde croit que je plaisante et cède au seul attrait du « bon mot » alors que je ne suis jamais aussi sérieuse que lorsque je dis cela. C’est à vingt ans qu’il faut mourir, après on ne veut plus, après on s’accroche désespérément à cet échec en essayant de se persuader qu’il est une réussite. Vingt ans ou vingt-sept, tiens, pourquoi pas. Comme Joplin. Ou Hendrix.

 

Tu sais, je crois qu’à vingt ans j’avais déjà tout vécu, les vingt-six années qui ont suivi ne sont qu’un lent déclin juste parsemé de sursauts. Un émoussement des révoltes, une noyade dans les éthers. Je suis morte une première fois en 1986, seulement quatre ans après ma vraie naissance et quelques mois avant la fin d’Action Directe. Les deux choses ne sont bien sûr pas liées ; le fil de ma vie rend juste la concomitance « amusante ».

 

Ça ne répond pas à ta question, hein ?

»

 

N.D.L.A. Merci à mon ami R.W. qui m'a autorisée à publier ici ce morceau de notre informelle correspondance.

14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 14:04

 

Elle tourne, elle vire, elle retourne, elle revire… vingt fois elle est passée dans cette rue, comment savoir, tout se ressemble ici… Et ces noms… « Rue des Pâquerettes », « Rue des Lilas »… son ex lui a pourtant assez reproché de ne rien connaître du nom des fleurs, d’appeler toutes les jaunes « boutons d’or » et les rouges « coquelicots », mais non, rien à faire, elle ne retient pas.

 

Elle se rappelle d’autres temps, elle a squatté rue Engels, fréquentait la cité Lénine, descendait le boulevard Jaurès. Ça avait tout de même une autre gueule, au moins on savait qui c’était, ça faisait sens, on s’y retrouvait, on pouvait dire où on habitait.

 

Mais bon…

30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 00:03

 

De mon temps... De mon temps on s'y mettait à trois ou quatre pour hisser la grosse télé "écran rond coins défoncés" sur une caisse en bois, on plantait une fourchette dans la prise antenne, et on prévoyait un manche à balai pour changer les chaînes sans avoir à se lever du canapé où on était vautré(e)s. Tout ça fonctionnait à merveille, sans "bug" et sans coupure, gratuitement, sans abonnement, sans contrat, sans complication. Et comme on avait trois chaînes il y avait de grandes chances d'avoir vu quelque chose de commun avec ses voisins, et de pouvoir en discuter le lendemain.

 

C'était Mamie Nicole, à vous les studios.

 


 

(Texte initialement publié en commentaire sur le site de Télérama, N.D.L.A.)

2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 11:57

 

« La lumière, oui, c’est la lumière ! » Les deux maisons doivent être orientées pareillement – les deux fenêtres du moins. Parce que là, des décennies plus tard, les mêmes heures sont un invariable voyage au fond de ses souvenirs. Le soleil rase le livre et elle se revoit, des années en arrière, dans cette chambre étroite au bout du couloir, cette chambre avec sa petite fenêtre haute ; un lit, une commode, à peine la place de se glisser et puis ce qui lui apparaissait alors comme une grande bibliothèque, du formica brun et blanc, la porte qu’elle fermait alors pour se retrouver seule au monde. Seule ? Pas tant que ça, il y avait tous ces personnages qui lui tendaient les bras – les Martine à la plage ou ailleurs, les Club des Cinq où elle se rêvait tour à tour Annie amoureuse de Claude ou Claude amoureuse d’Annie (comme par hasard elle ne se rappelle plus du nom des garçons…), les catalogues Coop dans lesquels elle choisissait ses robes pour quand elle serait grande. Et puis, sur ces étagères les livres dont elle connaissait la tranche sur le bout des doigts, les livres un peu étranges mille fois effleurés, la promesse qu’un jour elle saura, les noms aux consonances magiques – Colette, Camus, Troyat, Zola l'attendaient patiemment, veillant sur son sommeil.

 

 


 

N.D.L.A. Le lien caché sous le « Martine » ne renvoie pas, vous l'avez compris, vers un album d'époque mais vers une des innombrables parodies actuelles, au demeurant parfois drôles ; en tout cas le fait est que les couvertures « authentiques » se trouvent désormais moins facilement que leurs détournements... Epique époque opaque.

 

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