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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 15:15

 

Elle leur a dit que tribades ça allait et Bretonnes aussi, mais que ET tribades ET Bretonnes ça commençait à faire beaucoup, surtout si elles piétinaient le sol pendant qu’elle passait la serpillière.

 

Non en vrai elle leur a dit je n’en peux plus, emmenez-moi, moi aussi je suis douce et fatiguée, emmenez-moi loin d’ici.

 

Non pour être tout à fait franche elle leur a souri puis a baissé le nez sur son balai-brosse et a poursuivi son travail en déclamant du Voltaire.


 

Polaroïd station

1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 16:02

 

Elle les hait. Elle les hait parce qu’elle sait exactement ce qu’il va se passer – ce qu’il va se passer et comment ça va se passer. Parce qu’elle le sait et qu’eux ne le savent pas, eux sont surpris, toujours ; eux sont persuadés être les seuls, eux ne voient pas, eux sont benoîts.

 

Et ça ne loupe pas, jamais, enfin presque jamais. Ils ont besoin de monnaie (« Elle marche avec des pièces votre machine à caféééééé ? ») alors elle lâche tout ce qui est en cours, pose la serpillière, s’essuie les mains, arrête tout ce qu’elle était en train de faire, là-bas, à l’autre bout de la station. Elle accourt, fait l’appoint, sourit, pense à « son » sol encore humide qui dans un instant va être piétiné, au café qui va goutter partout.

 

Elle attrape le billet et au moment où elle tend les pièces elle essaie de dissimuler qu’elle a juste envie de leur choper le petit doigt et de le tordre, de le tordre jusqu’à ce qu’ils demandent pardon.

 


 

Epilogue : Et que croyez-vous qu’ils fassent, les clients, avec leur monnaie ? Qu’ils se dirigent vers la machine à café ? Que nenni, ils attendent que la caissière retourne mettre les mains dans le produit de nettoyage, puis ils filent vers la boutique acheter un truc qu’ils vont forcément payer soit avec la monnaie qu’elle vient de leur faire, soit avec un deuxième billet sur lequel elle aurait de toute façon rendu la monnaie, même et surtout s’ils avaient eu le bon sens de faire leurs emplettes AVANT. Mais ça…

25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 19:23

 

Ils arrivent en grappes, hordes barbares, assaillent et pillent. Les mâles consultent la carte, l’œil conquérant, parlent de kilomètres et de sauvages rebelles qui les ont dépassés en roulant à 131 ; les femelles emmitouflées se pressent dans la boutique, suivies par des ribambelles de pyjamas (« gardez bien les chaussettes sinon vous allez prendre froid »).

 

Ils ont sommeil, ils luttent, ils ne respectent pas la nuit, l’inondent de bruits et de lumières.

14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 16:13

 

Un matin tout bascule : la main, la séparation, le chaud, le froid, l’emballage, l’obscurité, le bateau, tangage, roulis, camion, réserve.

Un midi il espère cette employée maladroite qui à l’heure de remplir les machines ouvrira le paquet – ultime chance de revoir le ciel.

Un soir il tombe de mille fois sa hauteur.

Une nuit il voit s’approcher l’aspirateur, et le petit grain de café prie pour que sa maman ne sache jamais rien de ce que fut son destin.

29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 15:17

 

L’employée vient de refermer la machine et la question la fauche en plein vol, le produit de nettoyage dans une main, le chiffon dans l’autre. Pris d’un soudain nystagmus son regard va de la cliente au distributeur de boissons, du distributeur à la cliente.

 

—  Alors il est comment votre café ? répète celle-ci.

 

Là il faudra faire vite. Très vite – la pertinence est liée au temps. Assurer sans respirer que « c’est le meilleur du monde, un grain récolté avec amour par des petits Colombiens épanouis, qu’il est moulu à la main dans un vieux moulin en bois qui fait gring-gring, qu’on peut le prendre avec du lait puisqu’une petite vache habite directement dans l’appareil, son pis sort par là, à côté du gobelet, mais si Madame, regardez, vous prendrez bien un morceau de chocolat, on va demander à la marmotte. »

 

Oui il faudra – il aurait fallu, mais ce n’est pas sorti. Le café est bon parce que c'est écrit, le café est bon parce que plus rien n’a de sens ; l’employée sourit, elle entend grincer le monde qui la mouline.

10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 03:40

 

René et les acquis sociaux

 

Rene-le-routier-et-les-acquis-sociaux.jpg

23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 17:04
 

Comme de bien entendu elle s’était dépêchée de finir son travail. Elle avait sans relâche astiqué, rangé, compté, encaissé, rempli — se disant que chaque seconde gagnée serait une seconde de plus à consacrer à regarder la nuit, quelques sourires imaginaires de son amour perdu, quelques mots de plus du livre qui l’attendait, sagement, les mots couchés à portée de main, d’œil, de cœur.
 

Comme de bien entendu à une heure du matin tout était fini. Aux anges, elle avait chauffé l’eau pour son thé, pouvait enfin approcher le tabouret et ouvrir précautionneusement l’ouvrage.

Comme de bien entendu elle avait lu deux lignes lorsque le client entra :

« C’est pas trop long la nuit ? Vous devez vous ennuyer... »

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  • Fille éperdue.
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